Le matin, je prends un ou deux cafés pour démarrer la journée. J'aime entendre le bruit de la cafetière qui m'annonce que dans quelques minutes j'aurai un bon café chaud à déguster. Mon armoire regorge de tasses de toutes les couleurs et de tous les formats. C'est primordial qu'elles soient dépareillées. Ce serait vraiment dommage de toujours boire mon café dans la même tasse car chacune est associée à un souvenir, un état d'âme ou une personne. À tous les matins, je choisi ma tasse selon mon humeur du jour. Parfois, je la choisi avant même que je mette un pied en dehors du lit.
Je n'aime pas que mon homme me serve mon café. Lorsqu'il le fait, j'ai l'impression de sauter une étape essentielle à la réussite d'un bon matin. Les matinées sont assez chaotiques dans ma chaumière: les plus vieux veulent manger, le petit réclame une tétée, ma fille veux se faire débarbouiller, mon garçon n'est pas content de son déjeuner, le plus petit régurgite, sans oublier tous les changements de couches et mon homme qui tente de quitter la maison afin d'aller travailler. Dans le brouhaha matinal, j'essaie de trouver le meilleur moment pour prendre mon café. Quand je sens poindre une période d’accalmie, je verse mon café dans la tasse du jour. J'aime observer la vapeur qui s'échappe du filet de café qui coule dans ma tasse, j'aime humer son odeur, j'aime placer mes mains autour de la tasse pour les réchauffer. Ensuite vient le temps d'ajouter le sucre et le lait. Le désavantage d'avoir plusieurs tasses est de devoir ajuster les quantités selon chacune. Puis un ou deux petits tours de cuillère et le café est prêt. Parfois, je me sens nostalgique et je pense à mon grand-père qui lui brassait son café énergiquement pendant de longues minutes en nous relatant les dernières nouvelles. Il m'arrive de le faire à la blague en guise de clin d'oeil à celui qui me manque terriblement.
Dans mes rêves les plus fous, je bois mon café chaud tout en surfant sur le net. Il n'en est rien, la réalité est tout autre. Je prends mon café tiède en essayant de butiner sur mon portable. Je donne le sein, je change des couches, je brosse des dents, je mouche des nez, je range, je lave, je joue, je ne bois pas mon café. Je l'oubli souvent sur le coin d'une table et je le retrouve complètement froid. Je le réchauffe plusieurs fois au four micro-onde jusqu'à ce qu'il prenne un goût de sirop brûlé.
J'arrive à boire un café chaud lors de nos trop rares sorties en amoureux. Après un bon repas au resto, je ne rate jamais l'occasion d'en commander un. La plupart du temps, il est trop corsé ou bien il goûte l'eau de vaisselle. Je n'arrive jamais à bien doser la crème avec les petits godets. Même chose pour les sachets de sucre. J'aime rarement la tasse dans laquelle il est servi et quand je prends finalement une gorgée, je me brûle immanquablement.
Je suis condamnée. Condamnée à boire du café tiède préparé avec amour par mon homme et tiédi avec amour par mes petits. Il y a des condamnations pires que d'autres.
Tel un bateau, parfois je suis la vague
mais très souvent je vogue à contre courant.
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vendredi 20 janvier 2012
mardi 23 mars 2010
La bedaine vide
Samedi soir dernier, mon homme et moi sommes sortis en amoureux. Pour la première fois en 13 mois nous allions être seuls. Depuis quelques semaines, je faisais le décompte pour cette soirée. J'avais tellement hâte de me retrouver en tête à tête avec mon homme comme dans le bon vieux temps. Je voulais retrouver ma féminité et notre intimité, manger un repas gastronomique, se faire servir, prendre un verre, aller danser et me noyer dans les yeux de mon chéri; tel était le plan de cette soirée romantique.
Nous avons commencé la soirée chez Primo & Secondo. Petit resto situé dans la petite Italie qui est sans contredit mon endroit préféré pour déguster des plats extraordinaires que je ne pourrai jamais concocter à la maison. Tout comme à son habitude, les plats du chef furent à la hauteur des mes espérances et l'orgie gustative fut inoubliable. Un souper rempli de sourires et de yeux pétillants non causés par l'alcool mais par l'intimité retrouvée l'instant d'un bon repas.
Pour terminer cette escapade romantique, nous sommes allés danser à La Boîte à Marius. Quoi de mieux pour faire descendre à la vitesse grand V toute cette bonne bouffe ingurgitée plus tôt? Nous sommes arrivés vers 21 heures et la place commençait tout juste à se remplir. En sirotant notre bière, quelque peu nostalgiques nous nous sommes remémorés le soir de notre première rencontre. Trois ans plus tôt et deux enfants en moins, c'est dans cette boîte à chanson que nous nous étions donnés rendez-vous.
À peine les 23 heures sonnées, nous devions quitter. Les seins gonflés de lait prêts à exploser, je me dirige vers la sortie. Tout juste avant de franchir la porte, une jeune fille m'attrape le bras et me demande si elle peut toucher? Mais toucher quoi? Trop tard, elle avait déjà la main sur mon ventre les yeux rempli de tendresse pour ma petite bedaine de femme... enceinte! La face qu'elle a fait lorsqu'elle a vite compris que mon ventre était vide depuis deux mois et demi valait tout l'or du monde. La mienne a du valoir encore plus... La mienne valait la face d'une femme tellement fière d'être femme et d'avoir pu porter les deux plus beaux trésors que la vie a pu lui donner.
Sur le chemin du retour en contemplant ma bedaine vide (et en me convainquant qu'elle n'était pas si grosse que ça), j'ai dit à mon homme à quel point nous avions eu une belle soirée... et à quel point j'étais contente d'aller retrouver mes deux trésors. C'est ça une mère!
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